Communication institutionnelle: une option en temps de crise

Sans doute l'attente première à l'égard des médias a été et continue d'être l'information quelles que soient les vicissitudes de la presse écrite et les transformations dans l'univers des médias audiovisuels et du multimédia. Mais lorsque les médias faillissent à leur responsabilité sociale en temps de crise, ce sont les pouvoirs publics qui communiquent. Cas du Cameroun dans sa communication en ces temps de crises anglophone et post-électorale

Face à la prolifération d’informations pour la plupart erronées que propagent les réseaux sociaux instrumentalisés par les leaders d’opinion ayant pour objectif ternir l’image du Cameroun et ses dirigeants.  Face aux menaces d’ingérences étrangères, les occasions de communiquer se sont démultipliées. Quels  que soient la typologie et les canaux utlisés - twitter, point de presse, communiqués, conférence de presse, etc. – la communication institutionnelle marque des points en ces temps de crises. L’expression n’est peut-être pas consacrée dans notre environnement communicationnel, mais il s’agit  en réalité de la communication de crise.

NECESSITE D’UNE COMMUNICATION DE CRISE

En observant les derniers  faits d’actualité, plusieurs personnalités se sont mises au devant de la scène pour défendre la nation, une nation exposée aux attaques tant endogènes qu’exogènes. Les réponses à celles-ci seront donc plus institutionnelles que médiatiques.

L’exemple venant du sommet de l’Etat, le président de la République est celui qui a toujours donné le ton à chaque secousse. Soit pour encourager, apporter des réponses, soit pour anticiper ou informer. Et ce lors d’allocutions circonstancielles (discours de fin d’année à la nation, discours à la jeunesse à la faveur de leur fête,) ou en utilisant les réseaux sociaux  à grands renforts de tweets. Dans ses vœux à la nation ce 31 décembre 2018, le président camerounais a rappelé qu'il avait lancé un appel aux séparatistes pour qu'ils déposent les armes et promis qu'ils pourraient bénéficier d'un processus de démobilisation et de réinsertion.

La communication de crise joue en ce moment, le rôle d’information. Car il s’agit ici pour le président de la République de diffuser la bonne information, au bon moment, aux bonnes parties prenantes, avec les bons outils et ce, en guise d’apaisement. Cet appel n’est pas resté sans écho auprès des  séparatistes dont quelques-uns ont  opté pour le dépôt des armes afin d’être pris en charge par le Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration. Un comité ad hoc créé par Décret N° 2018/719 du 30 novembre 2018. «La situation étant stabilisée à l’Extrême-Nord et sous contrôle à notre frontière orientale, c’est le contexte qui prévaut dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui retiendra l’essentiel de mon attention. J’ai eu récemment l’occasion de m’exprimer sur les problèmes qui les concernent. J’ai dit et je le confirme que j’éprouve la plus grande sollicitude envers les populations de ces deux régions. Je suis très sensible à leurs inquiétudes concernant leur sécurité et à leurs aspirations touchant le retour au calme et à une vie sociale normale. Je suis bien conscient en effet de la désolation que ces insurgés infligent aux populations de ces régions.

Cette situation ne peut plus durer. Dans un esprit de concorde nationale, j’ai décidé, pour éviter le recours à des mesures extrêmes, de créer un « Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration ». Cet organisme, placé sous l’autorité du Premier ministre, aura pour mission d’organiser, d’encadrer et de gérer le désarmement, la démobilisation et la réintégration des ex-combattants de Boko Haram et des groupes armés du Nord-Ouest et du Sud-Ouest désireux de répondre favorablement à l’offre de paix qui leur a été faite. Cette initiative, je le souligne, offre une porte de sortie honorable à ces ex-combattants ainsi qu’une perspective de réinsertion sociale. Elle devrait permettre le retour au calme et à une vie normale », dixit le président Paul Biya le 31 décembre 2018. Dans le sillage du chef de l’Etat dont les communications solennelles sont parcimonieuses et ponctuent les moments historiques de notre nation, c’est le porteparole du gouvernement qui exprime à la presse, et donc à l’opinion publique, la position et l’opinion de ce gouvernement sur certains sujets, même les plus sensibles réservés au président. Au Cameroun, c’est le ministre de la Communication qui s’occupe de cette fonction. Que de sujets sensibles sur la table du ministre René Emmanuel Sadi depuis sa nomination au Mincom à la faveur du décret de réaménagement du gouvernement du 4 janvier 2019. La crise anglophone avec les exactions des séparatistes dans le  Nord Ouest et le Sud Ouest, les revendications post électorales qui sont des terreaux fertiles pour la manipulation des ennemis de la nation, via les réseaux sociaux, la diaspora en déshérence, et ce sur fond de velléités de déstabilisation du pays par les puissances étrangères. René Emmanuel Sadi a du grain à moudre, car il s’agit de rassurer les populations, rétablir la réalité des faits, dénoncer et surtout restaurer l’image du pays que certains s’ingénient à écorner. Depuis quatre mois, l’actualité s’est bousculée. Déjà le 27 janvier 2019, le porte parole organisait une conférence de presse pour s’insurger contre les marches blanches non autorisées du Mrc. Pour le ministre Sadi, « par l'organisation de ces manifestations, le Mrc entendait comme à l'accoutumée inciter nos compatriotes de l'intérieur du pays et de la diaspora, à braver l'ordre républicain par les mots d'ordre de rébellion et d'insurrection vis-à-vis des institutions légales et légitimes . Il y a eu également la récente résolution du Parlement européen, qui appelle à la libération de l’opposant Maurice Kamto : C’est une résolution en 13 points qui a provoqué la colère à Yaoundé. Dans un texte très critique, les parlementaires européens avaient dénoncé l’intimidation des militants politiques, l’interdiction des manifestations, le recours aux tribunaux militaires pour juger des civils et une « culture de l’impunité », entre autres. La réponse gouvernementale n’a pas tardé. Le 19 avril soit le lendemain de l’adoption de la motion par le Parlement européen, c’est d’abord le président du sénat camerounais, Marcel Niat Njifenji qui, dans un communiqué, dénonce ce qu’il qualifie de « campagne de dénigrement » du Cameroun, tout en condamnant l’ingérence de l’Union Européenne dans les affaires du Cameroun.

C’est à la suite du communiqué du président de la chambre haute du parlement camerounais que René Emmanuel Sadi, porte-parole du gouvernement, a organisé une conférence de presse ce 22 avril. En substance, le ministre refuse toute ingérence étrangère dans les affaires internes et rassure l’Union Européenne que l’État du Cameroun a pris les mesures adéquates pour régler les différents problèmes auxquels il fait face, et ce dans le respect des lois. Mais le ministre va plus loin. Il dénonce la mauvaise foi des autorités européennes et affirme que le Cameroun « ne saurait aucunement accepter des injonctions sur fond de chantage à peine voilé». « Le gouvernement camerounais s'élève radicalement contre cette résolution du Parlement européen et exprime son indignation face à un acte empreint de partialité, qui s'apparente à une kyrielle de contre-vérités, d'affirmations gratuites, de récriminations infondées et d'injonctions assorties de chantage, dirigées contre les autorités camerounaises et nos forces de défense et de sécurité. Le gouvernement camerounais réaffirme que le Cameroun est et demeure un État souverain et de droit, et qu’il est de sa responsabilité de conduire le destin du Cameroun au mieux des intérêts de tous les Camerounais, et dans le respect des valeurs fondamentales de la République ». Les ennemis du Cameroun, tenaces et virulents vont provoquer des réactions en chaines d’autres membres du gouvernement tel le ministre de Relations Extérieures, et bien d’autres à l’international qui ont volé au secours du Cameroun.

COMMUNIQUER POUR RETABLIR LA VERITE

Dans un communiqué publié lundi 13 mai le ministre Le Jeune Mbella Mbella, a réfuté les allégations selon lesquelles le Conseil de sécurité se réunirait sur le Cameroun, comme annoncé par certaines organisations humanitaires internationales. Le chef de la diplomatie camerounaise affirme que le cas du Cameroun devait être enregistré dans le Journal des Nations Unies avant d’être considéré comme d’actualité. Et cela, à la connaissance du gouvernement, et cela n’a pas été fait. La nature «arria» de la discussion, a-t-il souligné, est une initiative prise par n’importe quel pays membre du conseil pour faire un brainstorming sur une question. LeJeune Mbela Mbella, éclaire l'opinion nationale et internationale au sujet d'une supposée réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Cameroun : » Ce n’est pas une consultation informelle, ni une discussion informelle qui sont des modules du Conseil de sécurité. »Le ministre des Relations Extérieures a toutefois annoncé que le Cameroun participerait aux discussions afin de« donner un aperçu de la situation humanitaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest » Dans son sillage, la Déclaration de S.E. Tommo Monthe ambassadeur,représentant permanent du Cameroun auprès de l'ONU à propos de la réunion du conseil de sécurité en format Arria du13 mai 2019 sur la situation humanitaire du Cameroun: « D'entrée de jeu, je voudrais vous dire que la présente réunion sous format Arria ne rencontre pas l'adhésion du Cameroun. Est-il encore besoin de rappeler que la même objection a déjà été fortement exprimée par de nombreux pays du Conseil, en particulier les pays africains, en raison de son caractère équivoque susceptible d'être malicieusement exploité par des esprits malveillants confondant à l'envie et pour leur cause cette formule avec les réunions officielles du Conseil. » Il poursuit: « Je voudrais conclure en disant aussi que nous avons une administration debout! Et je suis tout à fait encouragé par ceux qui ont dit qu'il vaut mieux approcher le Cameroun et demander à son Gouvernement qu'est-ce qui a été fait, qu'est-ce qu'il y a encore lieu de faire? Je vous ai indiqué tout à l'heure, dans la mise en œuvre du Plan d'Assistance Humanitaire d'Urgence, ce par quoi nous voulons être aidés. Nous ne voulons pas des gens qui travaillent pour le Cameroun, mais nous voulons des gens qui travaillent avec le Cameroun. C'est très différent! Nous sommes là, ne nous sommes pas par terre, et nous souhaitons que les gens de bonne volonté travaillent avec nous pour mettre fin à cette situation».

COMMUNIQUER POUR ANTICIPER

Une récente sortie du Minrex a concerné la situation socio politique du pays et était à l’attention des chefs de missions diplomatiques et représentants des organisations internationales accrédités à Yaoundé. Cette communication en ce temps de crises gouvernementale a eu pour but de présenter à ces diplomates la situation sociopolitique au Cameroun actuellement. Le Minrex est revenu sur la dernière élection présidentielle au Cameroun en soulignant que la décision du Conseil Constitutionnel concernant le vainqueur ne doit pas être remise en cause. «Toute action de remise en cause de la décision du Conseil Constitutionnel par quelque citoyen que ce soit est une atteinte à l’ordre républicain, passible de sanctions prévues par la réglementation en vigueur... Le Cameroun est debout et assume pleinement ses engagements et responsabilités vis-à- vis de ses populations et au sein de la communauté internationale. En somme, ce pessimisme ambiant, voire cette sinistrose dans laquelle l’on veut envelopper le Cameroun, est injustifiée et cache mal certaines intentions malsaines », a déclaré Lejeune Mbella Mbella. La communication du Mirex à cette occasion a un rôle anticipation. La communication de crise offre des outils qui permettent aux organisations d’analyser et gérer les risques attachés aux différentes parties prenantes identifiées. Elle propose de mettre en œuvre un processus d’identification des parties prenantes en amont, bien avant toute crise : quels sont les enjeux de l’organisation qu’ils portent entre leurs mains, leurs besoins, leurs attentes et les risques qui s’y rattachent. La communication de crise propose des outils de gestion de ces besoins, en amont de toute crise. Ce travail de prévention est essentiel et permet si un accident ou un incident se produit, d’avoir une meilleure compréhension mutuelle avec les parties prenantes et d’éviter ainsi que cet accident  ou incident ne se transforme en crise. Les intentions d’ingérence des puissances étrangères en ce temps de crises sont établies. A preuve, cette déclaration équivoque du sous-secrétaire d’État américain chargé des  Affaires africaines, Tibor Nagy témoigne de l’intérêt du Cameroun aux yeux des Etats Unis. « Après le Soudan, ma prochaine préoccupation est le Cameroun. Vous êtes sans doute au courant des violences en cours dans ce pays », a-t-il déclaré révélé le diplomate américain aux journalistes americains. A l’analyse de cette déclaration diplomatique, le gouvernement peut déjà anticiper pour toute ingérence. L’on peut également noter la communication du ministre René Emmanuel Sadi à propos de l’incendie qui s’est produit à la Sonara dans laquelle le gouvernement devait anticiper afin de rassurer l’opinion avant que les manipulateurs ne s’en chargent: « l’incendie a été maîtrisé et la situation, sous contrôle. Une enquête a d’ailleurs été ouverte pour déterminer les causes exactes de l’incendie », annonçait son communiqué du 1er juin 2019. Le Cameroun en crise a nécessité la mise en œuvre rapide d’une communication à la faveur des facteurs suivants :

  • Atteinte à l’intégrité territoriale;
  • Atteinte à la sureté de l’état ;
  • Crise socio-politique ;
  • Crédibilité;
  • Atteinte à des personnes (victimes) et/ou à l’environnement
  • Intérêt croissant des médias;
  • Activité croissante des réseaux sociaux;
  • Remise en cause de la crédibilité de l’État et de ses dirigeants;
  • Réputation en danger.

Avant tout, la communication de crise c’est la mise en œuvre de techniques éprouvées, de stratégies réfléchies, qui ne laissent aucune place à l’improvisation, au hasard, à l’intuition ou à l’à peu près. Sans être une science exacte, la communication de crise exige suffisamment de technicité et de rigueur et doit être traitée par des professionnels. Et jusqu’ici, il n’y a rien à dire, sauf qu’il est préférable que l’on soit plus offensif  pour anticiper. Communication institutionnelle ou médiatique : quelle option en temps de crise ? Les médias ont également leur partition à jouer. C’est de jouer leur rôle d’atténuation des crises,  leur devoir de responsabilité sociale, au lieu d’amplifier les crises, au risque de subir le syndrome de la radio des mille collines  au Rwanda, avec les conséquences que nous connaissons.

Emilienne N. Soué

 

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