Régionales et Droits des femmes : Commandement traditionnel : discrimination fondées sur le genre

Régionales et Droits des femmes : Commandement traditionnel : discrimination fondées sur le genre

Pour la première fois dans l'histoire des lamidats (chefferies traditionnelles du 1er degré) du Nord Cameroun, des femmes ont été intronisées comme notables pour jouer un rôle décisif aux côtés de leurs collègues hommes. Dans les listes de candidatures déposées à Elections Cameroun, quelques femmes chefs, sont sur des listes retenues. Cette avancée notable dans la plupart des chefferies n'en réduit pas pour autant la misogynie  millénaire qui caractérise les royautés traditionnelles.

Marie-Thérèse Catherine Atangana Assiga Ahanda, née en 1941 à Yaoundé, morte en 2014, était la cheffe suprême des peuples Ewondo et  Benes  de la succession dynastique du chef Supérieur des Ewondo et Bené Charles Atangana Ntsama. L'une des rares femmes à atteindre ce statut dans le commandement traditionnel. Elle ambitionne longtemps de reprendre le rôle de son père, Sa Majesté Charles Atangana. Les caciques traditionalistes imaginent mal une femme dans ce rôle. « Les Ewondo comme tous les peuples Fang-Beti, les pahouins, comme les appelle certains anthropologues, sont en général des peuples machos. Il est difficile pour eux d’accepter qu’une femme soit intronisée reine ou chef et en plus prétendre régner sur eux. Qui plus est, pour les Mvog Tsoung Mballa et Mvog Atemengue, une femme qui est allée en mariage ailleurs, loin, chez les Etoudi. Cette affaire de Marie Thèse Atangana épouse Assiga, qui se fait reine des Ewondo et des Benes, va donc créer un grand conflit. Non seulement dans le Mfoundi, mais presque partout en pays Beti. Elle se retrouve ainsi critiquée et surtout isolée. D’abord par sa propre famille. Un de ses frères directs va notamment dénoncer et s’opposer au fait qu’elle devienne chef. Et ensuite aussi pour la plupart des Mvog Atemengue, le clan familial de son père, qui ne comprennent pas comment une femme peut devenir reine chez les Beti." écrit Jean François Channon dans son article Cameroun - Nécrologie: La reine des Ewondo est décédée pour décrire la chefferie complexe et contestée de la reine des Ewondo.

Le chemin parsemé d'embûches menant au fauteuil de la chefferie traditionnelle des Ewondo et des Benes aura été long. C'est dans les années 1990 que Le vice-Premier ministre, et ministre de l’Administration territoriale, Gilbert Andze Tsoungui, ainsi qu’Emah Basile, délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé, modifient leur opinion par rapport à la situation.  Le gouvernement camerounais confirme finalement Marie Thérèse Assiga comme reine des Ewondo et des Benes quelque temps avant 1996.  Pourtant, le décret 77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles ne contient aucune disposition excluant la femme à régner sur une chefferie traditionnelle. Mais l'histoire des chefferies camerounaises a toujours été marquée par l'exclusion des femmes à la tête des chefferie. Comme si les hommes ont peur des femmes au pouvoir. Car dans une situation de contrôle ou de pouvoir, les femmes fortes peuvent impressionner voir faire peur aux hommes. D'après le sociologue Lubovir Lamy « cette crainte s'explique par le fait que les hommes se considèrent naturellement doués du talent d'ordonner et de diriger. Si une femme leur enlève cette prérogative, elle leur enlève du même coup la certitude d'être tout à fait un homme. Même incompétent, l'homme est né pour être chef, développe t-il. Et si la femme marche sur ses plates-bandes, elle risque de le payer ». Il ne faut pas contrarier les stéréotypes.

Dans la chefferie d’Ebombè (arrondissement de Ngwei) dans la Sanaga Maritime, la désignation du chef est rendue difficile parce que le successeur au trône est une femme, comme en atteste le testament du De cujus. Les frères et certains caciques locales mettant un veto à la dernière volonté du chef décédé il y a à peine trois mois. Cette misogynie qui continue à faire son chemin est évidemment alimentée par le manque d'instruction des jeunes filles, le poids des traditions et des coutumes, et les barrières psychologiques. Les femmes n'osant pas postuler à ces postes habituellement réservés aux hommes.

Particulièrement au Nord du Cameroun, région caractérisée par ses convictions culturelles et religieuses profondes. Les femmes constituent la majorité de la population, cependant la femme est loin d’être l’égale de l’homme.  De plus, les garçons se voient accorder des droits à l’éducation alors que les filles sont confinées aux tâches ménagères et au mariage précoce.

IL NE S’AGIT PAS DE DÉFIER L’AUTORITÉ MAIS DE RÉFORMER LA SOCIÉTÉ

L’introduction de l’idée de participation des femmes au conseil a été considérée comme une initiative audacieuse qui aurait pu avoir des conséquences fâcheuses telles que le rejet social. Il était toutefois nécessaire de convaincre les leaders et certaines femmes qu’il ne s’agissait pas de défier l’autorité mais de réformer la société pour la rendre plus forte. 

Toutefois, les lignes commencent à bouger. A force de bousculer les pouvoirs traditionnels pour amener les femmes à la prise de décision. Dans l'Extrême-Nord, il y a près de 20 ans, quatre femmes ont tenu les rênes des chefferies dans la ville de Maroua. A force de plaidoyers,  il y a une meilleure intégration des femmes au sein des conseils des notables dans la majorité des chefferies. 232 femmes siègent aujourd'hui, et désormais au côté des hommes comme notables dans les chefferies dans le Septentrion. Cette évolution nette représente une avancée dans les sociétés patriarcales et très traditionnelles.

Le vent de la modernité a également touché le Lamidat de Banyo dans la Région de l'Adamaoua.  En effet, Sa majesté le lamido de Banyo Mohaman Gabdo Yaya a introduit les femmes comme notables au sein des lamidahs.

«J'ai essayé de comprendre pourquoi nos ancêtres n'associaient pas beaucoup les femmes à leurs activités. On pensait que les femmes devaient s'occuper de la nourriture, de faire les enfants, de les élever. Mais de nos jours, quand on voit le monde, on voit que sans femme dans tout ce que tu fais, tu n'obtiens que la moitié. Donc pour obtenir 100% il faut que les femmes participent à l'action. Même dans les élections, quand c'est rien que les hommes qui votent, vous avez moins de 50%. Mais quand les femmes sont là, on atteint 80 à 90%. C'est pour ça qu'il faut associer les femmes ». Après ce « premier pas historique », d'autres vont lui emboîter le pas.

DANS D'AUTRES CIEUX, IL Y A EU MISE À L'ÉCART DES FEMMES QUAND IL S'AGISSAIT DE LA SUCCESSION ROYALE.

En Europe, il y eut une époque où la dégradation de la position de la femme était courante. En Allemagne, la vie de la femme se résumait par les trois K: Kinder (enfants), Küche (cuisine) et Kirche (Eglise). En France,  Il y eut même La loi Salique en 1350  (corps des lois des Francs saliens) censée régir la succession au trône. Au dernier alinéa, le sixième, il est dit que « la terre salique ne passe qu'aux garçons...». Il aurait été difficile pour la femme d'avoir des prétentions sur un fief, une terre, un royaume à cette époque-là.

Pourtant, Il fut un temps où les femmes partageaient le pouvoir et les responsabilités avec les hommes. Qui se souvient d'Amalaswinthe qui, au VIe siècle, régna sur l'Italie ? De la guerre que se livrèrent Frédégonde et Brunehilde pour le contrôle du Royaume franc ? De toutes ces reines mérovingiennes, carolingiennes, ottoniennes, qui gouvernèrent l'Occident ? Ceci a été bien avant l'invention de la Loi Salique.

Au Cameroun, l’on commence à se familiariser avec la présence des femmes siégeant au sein des conseils des notables dans les chefferies traditionnelles. Des femmes trônant sur des chefferies ne seront plus une curiosité. A une condition, qu’elles aient le courage de prendre le pouvoir.  

Emilienne N. Soué

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