Tchad: quelle démocratie sans sécurité?

Un Conseil Militaire pour diriger le Tchad...

Après la mort du Maréchal président Idriss Déby Itno, un Conseil Militaire  de transition, dirigé par son fils Mahamat Idriss Déby Itno le remplace. Seulement, cette instance n'est pas prévue par la Constitution tchadienne. Ce qui peut paraitre anti démocratique pourrait devenir salutaire pour la stabilité de ce pays dont la sécurité est menacée par des  fronts antipatriotiques de l'intérieur comme de l'extérieur.  

Idriss Déby, président du Tchad, est mort des suites de ses blessures « sur le champ de bataille », selon l’armée tchadienne. Militaire et combattant avant de s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat en 1990, l'homme de 68 ans venait d’être réélu pour un sixième mandat. Un conseil militaire dirigé par l’un de ses fils le remplacera. « Le président de la république, chef de l’Etat, chef suprême des armées, Idriss Déby Itno, vient de connaître son dernier souffle en défendant l’intégrité territoriale sur le champ de bataille. C’est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien le décès ce mardi 20 avril 2021 du maréchal du Tchad », rapporte le communiqué.

Le Tchad laissé par Déby

Le départ brusque de Idriss Déby itno sonne le glas de la "stabilité" au plan national comme au plan régional. Le Tchad,est un pays enclavé entre la Libye, le Soudan, la Centrafrique entre autres Et la communauté internationale prend la mesure de cette disparition. Idriss était un acteur majeur dans la lutte contre le djihadisme dans le Sahel, un allié de poids dans la zone Afrique Centrale où les faits d'armes de ce guerrier ne se comptent plus: lutte contre Boko Haram, ce qui lui d'ailleurs valu le titre de maréchal. Le président camerounais Paul Biya, a déploré "une immense perte pour le Tchad, l'Afrique Centrale et notre continent, qu'il aura servi sans relâche."

Le Tchad faisant partie des régions géopolitiquement bousculées à l'intérieur comme à l'extérieur, son histoire est ponctuées de rébellions armées venue du Nord, de la Lybie ou du Soudan voisin.

C'est d'ailleurs « plusieurs colonnes de véhicules, lourdement armés, en provenance de Libye, qui ont fait une incursion à l'intérieur du Tchad pour attaquer » dimanche dernier « le poste frontalier de douane de Zouarké », dans la province du Tibesti, à environ 1 000 kilomètres de la capitale N'Djamena, selon un communiqué du porte-parole du gouvernement. 

Les affrontements sont réguliers: dans le massif du Tibesti (Nord) et à la frontière avec la Libye, des rebelles affrontent régulièrement l'armée tchadienne. En février 2019, venus de Libye pour tenter de renverser le président Idriss Déby Itno, ils avaient été stoppés par des bombardements français sur demande de N'Djamena. En février 2008, une attaque rebelle avait déjà atteint les portes du palais présidentiel, avant d'être repoussée grâce au soutien français.

Implication du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT)

Le Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), un groupe politico-militaire tchadien à dominante gorane, une ethnie saharienne, a revendiqué, dimanche soir, les prises de plusieurs garnisons, notamment Wour et Zouarké, « tombées sans résistance », selon lui. Le FACT, né en avril 2016 d'une scission de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), qui avait mené les offensives de 2008 sur N'Djamena, est basé en Libye, où il a conclu un accord de non-agression avec le maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen. Son chef, Mahamat Mahdi Ali, a appelé dimanche les Tchadiens à « maintenir la dynamique de la pression sur la dictature » et à « aider les combattants du FACT à libérer » leur « patrie ».

Que prévoit la constitution tchadienne en cas de décès du président ?

Pour le Dr Evariste Ngarlem Toldé, doyen de la faculté des sciences juridiques et économiques a Université de Ndjamena, dans une interview accordée au Journal français le Point, il s'agit d'un « coup d'Etat ».

« Le conseil militaire de transition n'est pas prévu par les textes donc c'est un régime anti-constitutionnel. Notre loi fondamentale prévoit qu'en cas de vacance du pouvoir, c'est le président de l'assemblée nationale qui doit assurer l'intérim jusqu'aux nouvelles élections. Donc ce conseil militaire de transition n'a pas sa place. Pour moi, c'est un coup d'Etat », estime-t-il.

Le Conseil Militaire, la solution?

Mais Peut-on parler de démocratie dans un contexte marqué par des guerres civiles, de menaces djihadistes, d'incursions rebelles pendant la présidentielle, quand le plus important est la sécurité?  Quand on sert de bases militaires françaises pour ses déploiement régionaux?

A tire de rappel, le Tchad n'est-il pas quadrillé par des bases militaires depuis la colonisation, ce qui indique clairement le maintien de la présence militaire dans le pays pour les opérations régionales. La base aérienne 172 « Sergent chef Adji Kosseï » est située actuellement à N'Djamena, au Nord-Ouest de l'aéroport international de Ndjamena. Une seconde base est le camp Capitaine Croci à Abéché, dans l'est du pays. Un détachement est également stationné à Faya-Largeau, au nord.

Quelle démocratie quand l'intégrité territoriale est menacée, la porosité transfrontalière établie et où les velléités d'institutions démocratiques sont facilement éclipsées par la tradition de coups d'Etat ?

L'armée tchadienne quant à elle,  est constamment aux avant-poste. C'est une armée offensive dont la stratégie repose sur l'anticipation: il  a toujours été question pour les forces armées tchadiennes  de surprendre ses ennemis, les chasser de leurs positions et  les détruire. C'était le cas quand l'armée tchadienne a lancé une offensive en juillet en 2015 contre la secte boko haram, en avril 2020, l'armée tchadienne a débarrassé de nombreuses îles du Lac Tchad des combattants de Boko haram et de ceux d'Iswap, une secte affiliée à l'Etat Islamique. C'était au cours d'une offensive éclair hors de ses frontières.

Le Conseil Militaire, en ces moments d'incertitude que connaît le Tchad pourrait être la réponse idoine pour dissuader les rebelles qui pensent pouvoir marcher sur N'Djamena et prendre le pouvoir. Une chose est sûr, le Tchad a besoin d'un homme fort, autrement ce sera le chao.

Nadine Eyikè

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